Le Crime (nouvelle 1/2)

Publié le par Evariste Galois

Le temps est merveilleux pour un mois de mai, malgré tout Evariste se promène avec son grand pardessus, et son écharpe. Avant l’ouverture du marché il va, par habitude, lire quelques pages de son livre favori sur un banc du jeannette Park où une brise légère vient chatouiller son nez encore brillant de jeunesse. Puis il se dirige vers le 11 Wall Street.

Neuf heure trente. La cloche du NYSE retentit, relayée dans tout le quartier sur les innombrables écrans géants des bâtiments, phare moderne. Les tourustres[1] comme les affairistes pressés s’arrêtent ébahis au son de cette sirène qui attire nombre de marins inexpérimentés vers une mer perpétuellement déchaînée.

Eva entre dans son bureau et trouve, sur sa pile de journaux quotidiens, un post-it : « You are fired, bye. John »( T’es viré, ciao. John). Un jeune nouveau a du faire mieux que lui ce mois ci, ou alors un vieux con de Floride avait besoin de plus de bénéfice pour finir de mourir, pense t il sur l’instant.

En guise d’indemnités de départ son patron lui laisse une heure pour quitter son carré tenant lieu de bureau, et pour pot de départ deux malheureux cartons. Il y a encore six mois cette nouvelle l’aurait affecté. Comment l’annoncer à sa femme ? Comment continuer à payer la fac des enfants ? Mais depuis le départ de Caline, il se fout de tout. Il n’en a que faire de toute cette comédie montée de toute pièce. La vie est un plateau de cinéma dont le réalisateur ne se montre jamais. Il ne vit pas au jour le jour mais à l’impulsion, c’est tellement plus instable !  Wall Street a un arrière goût de Tartare pour lui ce matin. Ce qui le sépare des autres passants errants : la pleine conscience de sa mort sociale. Evariste se laisse emporter par le sombre courant humain incessant de cette artère sortant du cœur de ce monde, qu’il rejette depuis peu.

Vanné, il passe une porte tambour et se retrouve dans un monde calme, loin du stress et des cris habituels des cambistes. Il s’assoit proche d’un homme imitant Bach sur son mac et entame la discussion. Il apprend que l’homme représente une banque Qadarite pour finaliser une OPA sur une petite société du Wyoming. Poliment Evariste compatie lorsque l’homme lui explique les difficultés pour franchir la douane. Depuis le nine eleven les règles ont changé : «  tout celui qui n’est pas WASP, est un terroriste qu’il faut mater ». L’homme d’affaire, avec componction, lui susurre quelque chose au creux de l’oreille, en lui montrant son écran d’ordinateur, puis l’horloge.



[1] Tourustre : cons de touristes.

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Publié dans evariste.galois

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